Ruth Ware, Promenez-vous dans les bois…

Promenez-vous...
477p. / fleuve-éditions / 1er roman

 

J’ai acheté ce roman dans des conditions particulières. Je m’étais mis en quête, deux semaines auparavant, d’aller chercher le tome un de Gardiens des Cités Perdues et, bien que mon attention se poserait sur quelques couvertures, je n’étais obligé en rien d’acheter. Seulement, une fois la curiosité attisée, il est difficile de rebuter son désir de découverte. Cette couverture était l’une d’elle. Après avoir lu un résumé prenant et le fait que c’était le premier roman de l’écrivain, j’ai eu tôt fait d’acheter le roman, pour un plaisir non-distingué après coup. Car, si aujourd’hui je me tiens devant vous (enfin, plus concrètement, j’écris ces lignes pour vous) c’est pour vous louer la qualité de ce premier ouvrage. Après avoir refermé le livre, trois mots me viennent en tête pour qualifier ce huit-clos: addictif, captivant et étouffant. Ruth Ware, jeune écrivain anglaise signe un excellent premier roman, partant d’idées vu et revu et s’appropriant avec brio l’idée de départ pour en faire un huit-clos jouissif, un coup de cœur, encore.

Résumé du livre

Il était une fois une maison en verre perdue au fond des bois.
Quatre filles. Un garçon. Et une future mariée.
Qui se mirent à jouer à «Action ou Vérité».
La Vérité ? Un mensonge.
L’Action ? Un meurtre.

L’invitation arrive un matin dans sa boîte mail.

Dix ans que Nora ne l’a pas vue, et pourtant, elle se rend à cet enterrement de vie de jeune fille, d’une ex-amie devenue une inconnue.
Une seule certitude: la pire erreur de sa vie.

 

Une mise en place de l’intrigue longue mais nécessaire

Le roman met un certain temps à se mettre en place. Certaines longueurs dans l’histoire m’ont un brin ennuyé mais c’était nécessaire pour poser les bases d’une histoire réussie.
Nous prenons place dans la vie de Leonora Shaw, une jeune écrivain de vingt-six ans. Elle reçoit un courriel pour une invitation à l’enterrement de vie de jeune fille de son ancienne meilleure amie, qu’elle n’a pas vu depuis dix ans. C’était deux amis d’enfance. Seulement, après dix-ans où aucune d’elles n’a donné de nouvelles, pourquoi reçoit-elle une invitation ? C’est par des doutes que commence cette histoire. Très vite cependant, avec l’aide de Nina, une amie médecin qui est aussi invitée, elle décide de se rendre à cet enterrement de vie de jeune fille. Doutes, remords, accueil, appréhension et présentation. Tels sont les principaux traits de cette première partie d’intrigue. La narration est double: Nous suivons Nora, à l’hôpital, après un accident de voiture, quelques heures après les événements. Et Nora qui nous raconte ce qu’il s’est passé au cours des trois derniers jours.

J’ai apprécié les personnages de ce roman. Nous retrouvons Nora (Leonora « Lee » Shaw). Clare, l’amie d’enfance de Nora. Nina, une médecin. Flo, l’amie actuelle de Clare et la personne ayant organisé cet événement. Mélanie, une jeune mère et amie de Clare. Et enfin Tom, jeune homme auteur de pièce de théâtre. Ils sont bien décrits, chacun possède une force dans ce livre, et une motivation. Chacun pouvait être l’élément perturbateur. Et c’est à partir de cette première péripétie que l’intrigue s’est emballée, pour ne jamais cesser.

Le début d’un huit-clos addictif

A partir d’une centaine de page jusqu’à la fin, il m’a été impossible de ne pas tourner les pages une à une, haletant, vivant au contact de Nora, appréhendant chaque situation, me questionnant, tout comme elle, sur son passé, son présent et ce que lui réserverait son avenir proche.

L’idée de base de ce roman n’a rien de révolutionnaire. Une maison au fond des bois. C’est une idée vu et revu dans le thème du thriller ou des films d’épouvantes. Ceci-dit, l’écrivain s’approprie ici les codes avec brio. Tout d’abord, la maison est faîte de verre. C’est un élément principal étonnant dans la construction de l’intrigue. Pour toutes les personnes soucieuses de leur intimité, dans un monde où l’on se sent constamment observé, des caméras à chaque angle de rue presque, fiché et contrôlé au travers de nos téléphones portables. Dans cette maison de verre, j’y vois une métaphore du monde mis à nu, du monde de Nora mais aussi finalement le notre, entouré d’une immense forêt d’arbres qui s’étend au loin, une forêt oppressante que rien n’arrête. De l’extérieur, les lumières provenant de la maison paraissent presque irréelles. Pourtant, ils y sont tous. Ils se présentent, les premières musiques retentissent, l’alcool est déjà bien présent et les questions, pareilles à des ronces, enlacent déjà l’esprit et la conscience de Nora, asphyxiée dans cette maison de verre.

La fatigue me prenait, un liquide amer coulait à l’intérieur de ma gorge, provoquant quelques légers spasmes mais jamais je n’ai pu fermer le livre. Au point d’être moi-même dans un état «second», frémissant d’impatience pour découvrir le fin mot de l’histoire. Et bien que l’on nous amène directement à l’évidence, par des indices proprement distillés au cours du roman, il ne m’est jamais venu à l’idée de l’identité de l’élément perturbateur. Chapeau.

Un final oppressant

Comme énoncé juste avant, aucun retournement de situation final à défier les limites de notre raison. Ceci-dit, à aucun moment dans ma lecture, bien qu’ayant passé la personne au crible de mon détecteur de perfidie, je n’aurais songé à ce personnage. Mais c’est tellement évident après-coup, par des indices parfaitement placés au préalable. Je ne pourrais vous en dire plus sur ce final sans spoil et ce n’est nullement mon intention. Ceci-dit, je tiens à tirer mon chapeau à l’écrivain. Un premier roman (bien que je connaisse plusieurs écrivains dont leurs premiers romans sont des petites perles) très bien conçu, travaillé de A à Z. Des personnages propres et détaillés. Une ambiance à couper le souffle. Des questions à foison. Un livre que je n’ai pu lâcher avant la fin donc et qui, une fois fini, m’a laissé estomaqué. La lecture est un plaisir, cela va de soi. Mais lorsque la lecture nous procure des sensations telles que celles-ci, où l’on fini les nerfs à vif, qu’un rien nous pousse d’un côté ou de l’autre de l’effarement ou de la gratitude, nous ne pouvons qu’applaudir et sourire, béat d’admiration et de servitude devant le talent de certains écrivains.

Le passage qui donne envie

Un pas difficile après l’autre, je marche jusqu’au tronc et me laisse tomber sur son écorce couverte de mousse. Je me plie en deux, respirant entre mes jambes, cherchant désespérément un peu de chaleur.
Je ferme les yeux.
Je voudrais dormir.
Non.
La voix me vient de l’extérieur. Je sais qu’elle n’est pas réelle et pourtant je l’entend.
Non.
Je veux dormir.
Non.
Si je dors, je mourrai. Je le sais. Mais je m’en fiche, je suis si lasse.
Non.
Je veux dormir.
Mais quelque chose m’en empêche. Quelque chose à l’intérieur de moi refuse que je me repose.

En conclusion

Doté d’une écriture fluide, ce roman nous propose de vivre trois jours et deux nuits enfermés dans une maison de verre. Nous tournons les pages, une à une, convulsivement. Pareil à des névrosés sous came, nous ne pouvons pas ralentir l’allure et Ruth Ware nous offre un final détonnant.

Encore une fois, je suis heureux d’avoir suivi mon instinct (et mes yeux). Après-coup, je vois que beaucoup ont aussi apprécié cette lecture. Bien que doté d’une première partie composé de quelques longueurs, ce livre est un coup de cœur pour moi. Intelligemment construit, bien travaillé, l’écrivain s’approprie les codes du genre pour en faire sien. C’était angoissant mais j’en redemande (voyez-vous ça). Par contre, entre-nous, j’espère ne jamais avoir à vivre ce genre de choses en tant qu’acteur. Mais, dans pareille situation, où chacun joue sa vie, chacun est imprévisible.

Je vous souhaite une excellente lecture, si tant est vous ai-je donné le courage nécessaire pour acheter cet ouvrage. Si parmi vous, des personnes ont lu ce livre, qu’ils m’en fassent part en MP sur Livraddict (Pleack).

En vous souhaitant un excellent week-end (et pour tout les week-end angoissant à venir)

Poch

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12 réflexions sur “Ruth Ware, Promenez-vous dans les bois…

    1. Tu n’as rien à m’envier sur ce point la où nous nous rejoignons !
      D’ailleurs, maintenant que j’y pense, il serait intéressant de faire une lecture commune (je ne sais pas tellement comme ça marche) et d’y poser nos avis respectifs 🙂
      Avec bien entendu un lien vers nos deux blogs. Je prends énormément de plaisir à lire tes chroniques (bien que je te scalperai volontiers pour la mauvaise note mise pour « Glacé » de Minier :D)

      J'aime

    1. Ah Ah t’inquiètes ! On ne peut pas tout aimer. Ceci dit, essaie de le télécharger pour une édition numérique lorsqu’il sera disponible (sans payer donc). Peut-être changeras-tu d’avis à ce moment 🙂

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