David Ellis, la Comédie des menteurs

 

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440pages & un peu de thé

 

       Dans cet ouvrage assez méconnu et peu médiatisé de David Ellis, son premier par ailleurs, il présente un roman à la fois osé et complexe. Un roman qui a mis 8 ans avant d’avoir une édition en poche, c’est dire le pauvre succès de ce roman… Et pourtant, l’histoire et l’intrigue sont bien loin des pauvres attentes que le public y prêtait lors des différentes années. Ayant mis une bonne centaine de pages à véritablement rentrer dans l’histoire, non que l’intrigue soit bancale, le style non linéaire classique de la trame usuelle des romans en est ici le point central. En effet, ce roman est raconté à l’envers. Tout commence par la fin. Et fini par la fin. Enfin le commencement. C’est un compte à rebours, où nous remontons successivement la veille, deux jours avant, une autre veille et ainsi de suite, du décès du personnage principal au commencement de cette affaire. Et une fois rentré dans l’histoire, il vous sera bien difficile d’échapper aux griffes de l’auteur, car au travers d’un roman osé et bien maîtrisé, il vous sera compliqué de deviner le fin mot de l’histoire. En effet, nous nous prenons au jeu. Quel genre d’histoire peut bien avoir à raconter un auteur dont le personnage principal vient de mourir ? C’est un régal, un plaisir difficile à dissimuler. Car le roman est plus complexe que les apparences ne le laissent le supposer. Avec une fin très bien amenée, je vous présente la Comédie des menteurs, un roman qui sied parfaitement à son titre, le premier ouvrage de l’avocat David Ellis.

Résumé

Racontée à rebours, depuis sa conclusion énigmatique jusqu’à son brillant commencement, La comédie des menteurs est l’histoire d’une femme, Allison Pagone, qui passe en jugement pour meurtre. Prise entre deux feux, un procureur qui veut l’envoyer dans le couloir de la mort et une agente du FBI qui pense pouvoir l’utiliser contre sa famille pour déjouer un complot terroriste, Allison ne pense qu’à une seule chose : protéger sa fille et son ex-mari, qui semble pourtant avoir des choses à se reprocher. C’est quelques instants après sa mort que nous découvrons Allison pour la première fois. Après quoi la narration remonte le temps, comme dans le célèbre film Memento : une heure plus tôt… la veille… de plus en plus loin dans le temps, jusqu’à ce que, parvenus au commencement, nous puissions comprendre ce qui s’est passé et, de manière plus inattendue encore, ce qui ne s’est pas passé…

Un style d’intrigue inédit

Vous l’aurez donc compris à partir de ce résumé, nous sommes spectateur d’une intrigue peu commune mais au combien originale. Et c’est surtout compliqué, je pense, pour un auteur, de raconter une histoire de cette façon. Il faut parsemer les indices à bon escient, faire attention à ne pas placer un élément dans l’intrigue qui se retrouve postérieur à l’histoire et non expliqué dans l’antériorité de cette dernière. Mais l’auteur réussi le tour de force avec brio et ce roman est au combien rafraîchissant de ce point de vue ci. Comme je l’ai dit dans l’introduction, nous sommes présent devant une intrigue non-linéaire car nous sommes habitués, par définition, à partir du début pour aboutir à la fin. J’ai mis un certain temps à m’habituer. Parfois, je revenais en arrière pour voir si certains éléments corroboraient avec ce que je lisais. Dans ma tête, j’ai eu du mal, ça m’éprouvait. Mais une fois la mayonnaise prise et l’ébullition de mon cerveau effectuée, je n’ai pu qu’apprécier la bonne cuisine et la recette de l’intrigue posée par Ellis. Tout s’imbrique au fur et à mesure mais jamais vous ne devinerez le ou les coupables. L’auteur nous emmène sur de fausses pistes, nos accusations vont à tout va. J’ai énormément réfléchi et fait marcher mes méninges au cours de ma lecture… sans succès au final. L’auteur m’a bluffé et cela me prouve une nouvelle fois que les premiers romans sont souvent vraiment bien travaillés.

Personnages travaillés

Au cours de ce roman, nous retrouvons trois narrateurs différents à plein temps et quelques intervenants. La première personne est Allison Pagone, l’héroïne de cette histoire. Romancière à succès, elle est accusée dans ce livre d’avoir tué son amant et nous la retrouvons quelques instants après sa mort. C’est un personnage complexe mais je n’ai eu aucun mal à m’y identifier. Elle a du caractère, elle sait ce qu’elle veut. Elle est donc jugée et psychologiquement, cela semble dur pour elle mais elle s’y fait. Elle a tué son amant. Et pourtant tout ne semble pas aussi simple… Elle laisse une fille et son ex-mari derrière-elle. Nous retrouvons aussi Ram Haroun, diminutif de Ramadaran Ali Haroun. C’est un étudiant Pakistanais en Amérique. Cela fait deux ans qu’il vit dans ce pays, il s’y est habitué. C’est un garçon calme, sur de lui et de ce qu’il fait. Et ce qu’il fait n’est pas très bien, vous voyez ? Enfin nous sommes en présence de Jane McCoy, agent de FBI, qui a comme coéquipier Owen Harrick. Ce personnage est rafraîchissant pour l’intrigue mais je n’ai jamais su, au cours de l’histoire, si elle jouait franc jeu ou non. Elle m’a fait rire à plusieurs reprises, car lors des différentes présentations avec les personnages, ceux-ci l’appelle donc « Agent McCoy » et cette dernière répondait systématiquement « appelez-moi Jane ». Donc qu’importe les présentations, je savais qu’à la ligne suivante je trouvais cette phrase et j’étais heureux d’au moins deviner cette facette de l’intrigue, si j’ose dire. Vous n’en aurez pas ce plaisir.

J’ai aussi eu le plaisir de trouver Paul Riley, l’avocat et personnage central du roman « 16 ans après« . Dans le roman, l’auteur évoque déjà le procès Burgos avec les six étudiantes tuées et j’ai été à la fois étonné et ravi que l’auteur ait déjà l’idée de ce personnage ainsi que de son intrigue dès son premier roman. « 16 ans après » étant son deuxième ouvrage, bien que traduit en français relativement tard, Ellis a mis un certain temps pour développer et façonner entièrement son histoire.

Page Ellis, Riley

Par ailleurs et en dernier lieu dans cette partie, l’auteur étant avocat il connaît parfaitement les procédures lors d’un procès et j’ai pris un certain plaisir à suivre le procès d’Allison Pagone. Il est vrai que les accusations étaient irréfutables mais la défense des avocats ainsi que l’appel à la barre des différents témoins est incroyablement bien retranscrit.

Scénario machiavélique

L’auteur nous embarque très vite dans le scénario qu’il a concocté et nos interrogations diverses auront une réponse très vite dans l’histoire pour être démontées et reformulées ensuite. Qui donc a tué Sam Dillon, l’amant d’Allison Pagone ? Est-ce Allison ? Quelqu’un d’autre ? Pourquoi cherchait-elle à protéger sa fille et son ex-mari ? Est-ce son ex-mari ou sa fille ? Yoda a un jour dit: de nombreuses suppositions, vous aurez mais trouvez, jamais vous n’y arriverez. Bon j’extrapole un peu sa façon de parler. Mais c’est totalement en accord avec ce que je disais plus tôt. L’intrigue avant alors que nous remontons le temps. Nous en apprenons beaucoup sur ce qu’Allison fait et ne fait pas. Sur les différents agissements des personnages. Sur la relation entre Sam et Allison. Et aussi sur le complot terroriste qui reste à déjouer car cette facette de l’intrigue est essentielle à l’histoire aussi. Il faut capturer « Muhsin al-Bakhari », un des leaders du « Front de Libération ». Et déjouer ce complot visant à contaminer la population mondiale à long terme. La fin est aussi bien amenée. Nous avons la révélation de toute l’intrigue qui m’a valu d’être sans-vois pendant quelques minutes, arrêtant ma lecture et médusé d’avoir été une nouvelle fois berné, puis l’histoire continue sur quelques dizaines de pages. Il n’y a donc pas de grands retournements de situation final que j’apprécie tant. Ceci dit, par l’audace de ce premier ouvrage, je ne puis que saluer une nouvelle fois David Ellis qui s’est donc placé très tôt comme un bon auteur !

Mon avis

Un super thriller, de l’audace d’avoir façonnée une intrigue pareille lors d’un premier ouvrage. Je ne comprends pas son faible succès, la Comédie des menteurs est un ouvrage qui m’a conquis. Sans décerner toutefois un coup de cœur, c’est un thriller qu’il faut lire de par son originalité et son histoire où les faux-semblants sont rois, à tout point de vue

Poch

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13 réflexions sur “David Ellis, la Comédie des menteurs

      1. 😉 J’ai vu que vous aviez essayer d’accéder à mon autre blog, mais Stelphique est inactif, c’est bien fairystelphique.WordPress.com qui fonctionne 😉 Au plaisir donc des échanges sur nos lectures!!!!;)

        J'aime

  1. Encore une très bonne chronique de ta part, très complète 🙂 L’intrigue a l’air effectivement très originale, je me laisserai sûrement tentée un jour! En attendant, je l’ai mis sur ma wishlist.

    Aimé par 1 personne

    1. Je te le conseille ^^, c’est vrai que l’histoire est vraiment originale !
      Pourtant ce n’est pas un roman récent. Il est sorti en 2007 il me semble en grand format traduit ^^. Mais j’ai eu une bonne lecture d’un écrivain que je connaissais déjà :3

      Aimé par 1 personne

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