Maud Mayeras, Reflex

Quelle putain de claque ! Et bah, c’est bien ma veine. Oh, je ne vais pas m’en plaindre, c’est certain. Qui se plaindrait de lire des bons bouquins, des livres somptueux, jouissif ? Pas moi en tout cas. Malgré tout, avant toute chose, je dois dire que j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, le début était long, l’intrigue a mis du temps avant de se mettre en place. Mais ça valait nettement le coup, car une fois le rouage en marche et pris dans le wagon, impossible à ce dernier de s’arrêter. L’auteur nous prend dans son engrenage et nous sommes au cœur de la machine infernale qu’elle nous concocte. Nous sommes lecteurs de deux narrations: une au présent où nous suivons la vie d’Iris Baudry, une jeune veuve qui bègue, rongé par la mort de son fils sauvagement assassiné 11 ans plus tôt et qui travaille dans la police judiciaire, où elle shoote les scènes de crime à l’aide de son appareil photo Reflex. L’autre narration, elle, se situe dans le passé où nous remontons chronologiquement jusqu’au présent et nous suivons la vie de la jeune Lucie, de sa naissance à sa mort puis de son fils Henry. J’ai mis du temps avant d’accrocher cette narration là puis je l’ai préférée à l’autre. Ensuite, les deux narrations se confondent et la, c’est le drame !
Le livre nous plonge dans du noir complet, du malsain, du sombre à souhait mais dans le même temps, nous sentons cette addiction puiser en nous, nous assujettir. C’est fort bien écrit, le style Mayeras prend aux tripes. Comme beaucoup l’ont dit et j’avais déjà expérimenté la chose avec Hématome, son premier roman, on prend successivement deux claques dans la gueule. La première, immense révélation qui nous met sur le cul. Et la seconde à la fin, qui s’immisce en nous et remue le malaise au fond de notre corps chétif, appuyant sur nos émotions et l’écho d’une phrase répétitive et savoureuse résonne dans nos têtes: « et bien, j’ai rien vu venir ». Je vous présente Reflex de Maud Mayeras, une écrivain qui fait dorénavant parti du paysage des écrivains français talentueux et à suivre.

Résumé

Iris Baudry est photographe de l’identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Mais une nouvelle affaire va la ramener au coeur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croque-mitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d’écorcher ses victimes en rappelle une autre. La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu’Iris croyait éteint va s’enflammer à nouveau dans l’objectif de son reflex.

DSC_0350

Une intrigue maîtrisée

Dès les premières pages du roman, Iris est appelée pour aller shooter une nouvelle scène de crime. Cette dernière lui évoque la mort de son fils, Swan, assassiné onze ans auparavant et elle retombe dans des souvenirs houleux et dans une détresse significative. Un grand malaise l’habite. C’est dur de perdre son fils, qu’importe la façon, mais plus par ce sentiment d’injustice, car sur tous les enfants présents il a fallu qu’on lui enlève le sien. C’est foutrement bien décrit. Ce mal-être est tout le temps présent sans être redondant. Puis il nous est très vite évoqué le fait que le meurtrier de l’enfant, celui qui est derrière les barreaux, n’est pas celui que l’on croit. Dès lors la narration « Silence », la seconde, prend tout son sens. Elle est longue à démarrer, à se mettre en place. Je l’ai trouvée rébarbative par moments au début, puis de plus en plus intéressante. Nous suivons donc l’ascension d’un tueur et sa méthodologie et surtout comment il en est venu à tuer. Encore une fois, rien à redire, M. Mayeras gère tout cela avec brio et talent.

Un héroïne au combien travaillée

Je n’ai jamais connu une héroïne avec autant de défaut et de malheurs s’étant abattu sur elle avant même le début d’un ouvrage. Pour faire court mais en même temps studieux, Iris bégaie. Elle a passé une enfance difficile à cause de son bégaiement notamment où l’on se moquait d’elle. Elle a enfanté sur un coup d’un soir, donc pas de mari pour élever son enfant. Elle a fait un enfant chétif, plus que les autres, qui se cassait les os en tombant. Elle avait une mère qui ne l’aimait pas et elle hait sa mère. Son père est mort très tôt dans sa vie. Avec toutes ces choses et certaines que je n’ai pas citées, nous ne pouvons qu’avoir de l’empathie pour cette femme et elle a notre soutien le plus indéfectible. C’est affligeant tout ce qui lui arrive. Pourquoi, pourquoi faire souffrir autant un personnage ? Mais en même temps, c’est la le but et l’essence même d’un bon thriller. Lorsque le personnage se trouve déjà aux portes de l’Enfer, le feu lui brûlant les joues et qu’il arrive encore à se relever et se battre contre des forces supérieures. Iris vit malgré ses souffrances et elle ne sera pas épargné dans ce livre. C’est dur, très dur pour elle, éprouvant. Elle contient une immense haine, de la peur et beaucoup de tristesse et arrive malgré tout à agir. C’est remarquable cette force que peut contenir un être humain à des moments cruciaux comme ceux-ci.

Une écrivain pétri de talent

Je pense qu’au delà de l’intrigue, c’est bel et bien l’écriture, comme Karine Giebel, qui fait une différence énorme au sein de ses ouvrages. Son écriture est directe, rapide. J’ai entendu dire dans une interview qu’elle ne mettait aucune didascalie dans ses romans et travaillait au maximum ses dialogues pour que l’on comprenne l’émotion des personnages et elle le réussit de fort bien belle façon. Outre les dialogues, c’est une écriture qui ne laisse aucun répit au lecteur. Parfois on a l’impression d’un arrêt, lors de certaines descriptions mais derrière elle en remet une couche. Il ne faut pas oublier les narrations incisives, chaque phrase est un couteau qu’elle s’amuse à nous plonger dans le corps. Et nous sommes là à en redemander, avide de terreurs et de tortures mentales. Et puis, en dernier lieu, la force de ses révélations. J’avais déjà aperçu et expérimenté la chose avec Hématome et je ne m’attendais pas à revivre la chose avec ce roman. On prend deux grosses claques. Un premier gros rebondissement, imprévisible et inimaginable. Et un autre à la fin où elle s’amuse de notre béatitude. Étonnant et savoureux, telle la bonne recette qu’elle nous offre.

Un livre qui rejoint mon panthéon

Je ne vous avais pas parlé de mon panthéon des meilleurs livres ? C’est normal je viens d’y songer. Ce livre n’est pas parfait, je pense qu’il aurait pu être raccourci car il est quand même bien long. Mais une fois l’engrenage, comme je disais, mis en place, c’est sans-voix que j’ai fini ma lecture. Que dire, après ça ? Je n’aurais pas assez de qualificatif, alors je n’en dis pas. Bien que le livre ait mitigé certains, c’est parce qu’il se révèle malsain et noir par moment, presque une cruauté sans limite, à ne pas remettre entre toute les mains. Mais ce qu’il se passe dans le monde est parfois bien pire, alors on relativise. Ces auteurs nous offre un certain spectacle et nous nous régalons à le suivre. Alors, l’apprécieriez-vous ?

Mon avis

Livre à lire absolument. Un très bon roman qui devient vite grandiose au fil des pages. Bien que sombre, noir et malsain, il se dresse comme une ode aux romans noirs à lire et Maud Mayeras se fond dans le paysage des talentueux écrivains français. A confirmer lors de son prochain ouvrage, Lux, que j’attends les yeux fermés !

Poch

Publicités

20 réflexions sur “Maud Mayeras, Reflex

    1. ça ne m’étonne même pas, pour avoir lu des interview de M. Mayeras, qu’elle ai discuté aussi longtemps ^^. Elle m’a l’ait du femme fort charmante et sympathique, en plus d’être accueillante !
      Elle puise beaucoup de son inspiration dans ses fameux films 🙂
      Je voudrais bien que tu me donnes des titres de film d’horreur/gore/épouvante s’il te plait !! ^^

      Aimé par 1 personne

      1. C’est avec plaisir que je vais partager mes films d’horreur de chevet, mais le genre est large et la liste est longue. Dans les grands classiques il y a « La Nuit des Morts Vivants », de Romero, qui est d’ailleurs (hallelujah) disponible légalement en téléchargement, étant désormais dans le domaine publique. Il y a aussi tous les films de la Hammer, dans le genre film d’épouvante sans sang. Pour du un peu plus saignant il y a « The Thing » (la version de 1982), « The Descent », … Les films américains des années 70 sont eux très violents, comme « La colline a des yeux », « la dernière maison sur la gauche », « massacre à la tronçonneuse », … L’italie regorge de films d’horreur, plutôt tournés vers le gore, avec Mario Bava et Dario Argento, le plus célèbre est d’ailleurs « Suspiria ». En Espagne l’horreur est plutôt tournée vers le fantastique, avec le fabuleux film « Les Autres », ou « L’Orphelinat ». En France on est pas mal lotis, je te conseille tous les films d’Alexandre Aja mais surtout son « Haute Tension ». L’asie propose pas mal de films d’horreur dérangeants, ma préférence va pour les sud coréens, mon coup de cœur a été « Deux Soeurs ». Sinon mes deux dernières claques cinéma d’horreur étaient It Follows et Conuring 2. Et enfin pour terminer même si je pourrais en parler des heures, tu as des films d’horreur fun, comme « La cabane dans les bois », Shaun of the dead », « Jusqu’en enfer », … Voilà j’espère que j’ai réussi à t’aiguiller dans ce genre extrêmement prolifique.

        Aimé par 1 personne

        1. J’ai quasiment vu tous les films dont tu parles ^^
          It follows est excellent oui ^^
          J’ai vu « Found » récemment. Vraiment pas mauvais. Et j’ai d’autres bons films bien barge aussi, du genre « j’ai rencontré le diable », un bijou sud coréen 🙂

          Aimé par 1 personne

          1. La manière dont tu posais la question c’était comme si tu ne t’y connaissais pas, du coup j’ai plutot parlé des classiques. En moins connu il y a « Ils » de Xavier Palud, sinon les premiers films de Peter Jackson, et tous les films avec le génial Vincent Price

            J'aime

            1. Ouais je suis désolé si ma tournure était inadéquate ^^, j’ai pas vraiment réfléchis à ce moment la x). J’ai adoré Braindead, effectivement un super film ^^. « Ils » je ne connais pas ^^, j’essaierai de voir 🙂
              Tu as des titres plus récent aussi ? ^^
              Même si tu as moins aimé, on essaie souvent d’en découvrir avec mon cousin et nous avons un large éventail xD
              Merci en tout cas de ta disponibilité ! 🙂

              Aimé par 1 personne

  1. J’ai l’impression que ce livre t’as… Beaucoup plu ?! Ahah Je t’avouerais que concernant ne serait ce que le résumé Hématome me tente d’avantage, du coup je pense commencer à lire du Mayeras pas celui-ci mais tu m’as très bien vendu Reflex également ! 🙂 D’après ta chronique on ressent que ce livre t’as marqué & inspiré. C’est chouette à lire 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Amélie !!!
      J’aime toujours te voir venir commenté, tes réponses sont longues et pleine de joie chaque fois que je te fais glisser un nouveau livre dans ta PAL 😀
      Comment vas-tu ?
      Oui commence par Hématome, il est moins malsain bien que déjà à un très très haut niveau :p
      Merci pour ton ressenti ! On devrait essayer d’un peu plus parler ! ^^
      Bisous 🙂

      J'aime

  2. Ça fait super longtemps que je me tâte à lire ce livre. Il y a peu, je l’avais même dans les mains, mais au souvenir de ma PAL, j’ai fini par le reposer ^-^ En tout cas ton avis m’encourage à le garder en (très) bonne position dans ma WL ! Merci pour cette chronique 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s