Glen David Gold, Carter contre le Diable

États-Unis, années 1920. Un président meurt tragiquement, un magicien renommé est accusé. Les bases de ce livre sont excellentes et les promesses nombreuses. Doté d’une fiabilité historique sans égal, de par les longues recherches effectuées par l’auteur, comportant ni plus ni moins que l’essor du cinéma, les débuts de la radio ou encore les premiers pas de la télévision et possédant une intrigue de haute volée dans ce contexte et ce décor idéal, ce livre constituait en tout point une véritable tuerie avant même son achèvement. Au rythme de la lecture, ces impressions ne s’estompent pas. Nous sommes submergés positivement par ce panel d’émotions que l’on peut ressentir lors d’une lecture vivante. Nous vivons une aventure et ne sommes plus vraiment spectateur de celle-ci. Nous chérissons le fait d’en connaître plus sur cette époque, déjà cent ans dans le passé, l’entre-deux guerres, où les music-hall, les spectacles de magie et autres cabarets tentaient de mêler leurs représentation aux salles de cinéma et de se battre pour être plein chaque soir. Y assister, adorer et rêver, tels étaient les préoccupations des personnes dans la salle. Pas de mauvaises intentions, mis à part en coulisses, où les magiciens peuvent s’adonner à quelques coups bas. Nous en apprenons plus sur la prestidigitation, sur le monde de la magie, les tours, le déroulement des spectacles, les illusions. Beaucoup d’illusions en somme, qui garniront le roman. Le décor est ainsi planté et ne demande qu’à nous faire rêver, qu’à nous faire vivre la plus incroyable des aventures avec l’heure de gloire au bout. A n’en pas douter, Glen David Gold écrit ici un roman digne des plus grands. Je vous présente Carter contre le diable.

Résumé

San Francisco.
1923. Le président des États-Unis Warren G Harding se confie en coulisses à l’illusionniste Carter le Grand :  » Que feriez-vous si vous aviez connaissance d’un terrible secret qui risque de plonger le pays dans le chaos ?  » Le secret, Charles Carter lui doit sa subsistance et sa gloire. Soir après soir, il émerveille les foules des années folles, friandes de sensations fortes. Les artistes du music-hall rivalisent à cette époque d’audace et d’ingéniosité dans le vain espoir de repousser les mirages d’Hollywood.
À ce jeu-là, tous les coups sont permis : effets de miroirs insensés, séances de spiritisme, lévitations électriques, voiles et écrans de fumée, éléphants qui se volatilisent, duels contre le Diable lui-même… Mais du jour au lendemain, Carter, idole de l’Amérique de l’entre-deux-guerres, devient le principal suspect d’une affaire d’État : le Président trépasse mystérieusement dans sa chambre d’hôtel deux heures après avoir participé avec lui à un numéro rocambolesque.
Les rumeurs vont bon train, la presse se perd en conjectures et le Service secret est aux abois : le génie du trompe-l’œil a-t-il précipité la fin du locataire de la Maison-Blanche, époux volage et filou notoire ? Entrez dans un monde où tout est illusion…

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L’auteur compose ici son roman comme le spectacle de son héros, Charles Carter. Nous avons donc une mise en abîme idéale et intense qui pose les bases mêmes de l’intrigue. Les parties sont le levé de rideau, le premier acte: métamorphoses, le second acte: enquête dans le monde des esprits, le troisième acte: carter contre le diable, et le rideau, qui ponctue avec brio le roman. Un vrai régal que cette formule.
Le livre met très vite l’histoire en place. Le président Harding assiste à la dernière représentation à San Francisco de Carter le Grand, virtuose de la magie et reconnu par ses pairs comme un excellent magicien. Deux heures après la fin du spectacle, le président meurt tragiquement et Carter fait très vite l’objet d’une enquête et les soupçons sont nourris contre lui. D’ailleurs il plie vite bagage. Le jeu peut alors commencer où l’illusion est un fait.
Le rythme est parfois lent mais c’est aussi ce qui caractérise et fait le charme du roman.

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Dans le premier acte, on délaisse l’intrigue initiale pour narrer ni plus ni moins la vie de Charles Carter. Des conflits avec ses parents à ses premiers pas en magie, de ses débuts sur scène aux différentes représentations avec une trouve où il n’était que le second magicien, celui bas de gamme, de fermeture, où il était traité comme un moins que rien, vivant avec une misère. Il pense à innover ses tours pour le présenter lors d’un spectacle de magie en fin de tournée, dans sa ville natale, à San Francisco. Entre-temps, il fait la rencontre d’une femme qui va changer sa vie mais il aura à en subir la perte lors d’un accident. Ce livre traite la perte avec proximité. Charles Carter est un personnage humain, profond. Sans aucun doute le compagnon idéal à cette époque, l’homme de confiance. Une personnalité atypique. Un caractère un peu borné mais dans ce milieu, ne faut-il pas persévérer ? Il ne faut pas non plus confondre arrogance et audace. Son jeune frère, James Carter, s’occupe des finances. Il gère tout cet aspect et est le maillon indéfectible de la réussite de Charles. Ils sont inséparables.

Le second acte est contemporain à l’intrigue. Nous suivons la vie de Charles Carter en 1923, ainsi que celle de son frère. Mais aussi l’histoire de l’agent Jack Griffin, qui est persuadé de la culpabilité de Carter dans la mort du président Harding. On assiste dans cet acte à un jeu de pouvoir, que ce soit politique ou sur scène, à des coups-bas, des spectacles de magie, des scènes étonnantes, avec l’éléphant Tug ou le Lion Baby, des scènes magiques, d’autres cocasses et d’autres encore vibrantes. Nous retrouvons la présentation de l’invention centrale, importante dans l’intrigue du livre, à savoir la télévision. Des descriptions de vie, des récits de voyages et des anecdotes sur la vie de magicien. En soit, nous faisons face à une histoire pour le moins jouissive. En attendant le dernier acte qui devra nous faire refermer le livre, comblé, applaudissant ce tour de force.

Le troisième acte donc est le titre du roman. C’est un symbole fort sur l’importance de cet acte, sur l’illusion qui se met en place. On sait que l’on va sur les révélations, sur l’intrigue poussée à son paroxysme. La tension monte d’un cran, c’est fantastique. A ce moment là, plus question de lâcher le livre car nous sommes entraînés dans une cascade de sentiments, où se mêle la peur, la stupeur, la joie, la crainte, la tristesse, le bonheur et j’en passe. C’est un rythme effréné jusqu’au verdict, jusqu’à cette vérité… dont on ne sait rien finalement à la fin. Nous retombons de cette lévitation, transpirant par tant de vivacité dans la lecture. Nous avons vécu ce spectacle de magie, intense et révolutionnaire. Et amour, haine et vengeance se sont succédé ensuite pour notre plaisir. De nombreux faits révélés, toujours de l’illusion et une angoisse palpable. C’est par un bonheur intarissable que ce ponctue ce troisième acte.

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J’ai très vite su que le livre serait d’excellente facture. De nombreux points ou sujets évoqués me parlent énormément. C’est une époque qui me fait envie, dont j’ai envie de connaître le tenants et aboutissants. La genèse du cinéma et de la télévision, l’avènement de la radio, dont Carter en écoute un match de boxe en direct avec son machiniste, Ledocq. Ces instants sont écrit et retranscrit avec une fiabilité surréaliste. Par exemple Carter va posséder, par l’ingénieur Max Friz, la première motocyclette, une BMW. Tout est réel, j’entends bien, dans le décor planté par l’écrivain. Le président est bien mort en 1923, les magiciens cités ont tous existé, ainsi que Charles Carter, le Service Secret protégeant le président, les représentations. Chaque détail a son importance car nous vivons une histoire réelle où la fiction n’est finalement qu’aux frontières. Nous vivons l’instant avec les personnages. C’est aussi un point essentiel où nous ne pouvons qu’être pris dans cette histoire. Elle nous met à l’ouvrage, en nous confrontant à nos cinq sens. Nous avons tout d’abord la vue, où de nombreuses séquences sont très imagées, notamment les représentations de magie de Carter, où l’on ne demande qu’à être sublimé, qu’à rêver ce spectacle, qu’à le voir. Nous avons aussi une pléiade de références sonores, particulièrement dans le troisième acte, où l’orchestre joue Pomp and Circumstance d’Elgar, Le Cygne de Saint-Saëns, Water Music d’Haendel ou encore le Requiem de Mozart. Les références sont légions et cela ne boude pas notre plaisir musical. Nous avons aussi le sens du toucher, par la présence d’une aveugle et même par le spectacle de magie, qui demande tout un doigté pour les cartes et les différents tours. Enfin, le goût et l’odorat, par l’omniprésence des mets dans le roman.

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Les révélations viennent lors du rideau. Les faits sont présentés, les protagonistes présents, c’est l’heure des adieux. L’illusion est parfaite, elle vient conclure avec brio cet excellent roman qui est selon moi dans mon top 3 des meilleurs livres que j’ai jamais lu. C’est une pépite qui devrait être plus connue. Ceci dit, être une des seules personnes à connaître cette histoire me va bien aussi. Ce n’est qu’un petit mais vibrant hommage bien mérité que je voulais lui rendre.
A l’auteur, pour sa plume irrésistible et entraînante.
A Charles Carter, un magicien talentueux.
A vous tous, de m’avoir lu une fois de plus, pour un retour que j’espère définitif.

Poch

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5 réflexions sur “Glen David Gold, Carter contre le Diable

    1. J’ose alors espérer que ce livre te réconciliera un tantinet avec la maison d’édition alors ^^
      Il est grand (un pavé) mais tellement addictif !
      Il devait y avoir un film avec Johnny Depp dans le rôle de Carter mais ce n’est plus d’actualité.

      Aimé par 1 personne

    1. Merci Yvan !
      J’ai foncé lire ta chronique du coup ^^
      Ce livre est très très bon comme tu l’as si justement dit !
      Content d’être parmi les rares à posséder et avoir lu ce bijou, mais qui mériterai d’être beaucoup plus connu ! 🙂

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