Olivier Norek, Surtensions

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Plainte contre Olivier Norek

Cela faisait quelques jours que je ne me sentais pas dans mon assiette. Des images folles en tête, je n’arrivais pas à me remettre de mon dernier livre lu. Un choc. J’étais sonné. Puis est venu à moi la révélation. Ce que je devais faire. C’est ainsi que j’ai décidé de porter plainte contre Olivier Norek.

Je me suis présenté au poste de police central de chez moi. On m’a reçu, en larmes, à bras ouverts. On m’a écouté. On m’a consolé. Ils m’ont dit qu’il y aurait des poursuites et que c’était inadmissible de torturer à ce point ses lecteurs. Je vous dresse ci-après mon entrevue avec le lieutenant qui a bien enregistré ma plainte

Moi- Bonjour, c’est pour déposer une plainte.

Policier en tenue- Bonjour, je vous laisse voir ça avec mon collègue. Bureau C4, au fond. Le lieutenant Dutvi. Attention, votre entretien pourrait être explosif.

Moi- Merci de l’avertissement.

Je me souviens avoir passé l’accueil, la tête entre les épaules, les yeux encore rougis d’avoir versés autant de larmes. Le policier qui m’avait reçu ressentait ma peine. Je m’étais dirigé vers le bureau en question. Il était ouvert. L’officier qui se tenait derrière son bureau me fixa de ses deux yeux féroces. Puis changea d’humeur du tout au tout. Il m’adressa un sourire compatissant. Me proposa un café puis de m’asseoir. Je lui répondis: avec deux sucres.

Moi- Je viens pour déposer une plainte.

Lieutenant Dutvi- Laissez-moi prendre les papiers.

Moi- Faîtes.

Je le vis chercher une bonne minute au sein de son tiroir de bureau. J’étais presque sûr que ça le faisait déjà chier de devoir s’y coller. Ainsi fit-il durer l’instant quelques secondes supplémentaires.

Lieutenant Dutvi- Bien. Nom ?

Moi- Pleack.

Lieutenant Dutvi- Prénom ?

Moi- Chris.

Lieutenant Dutvi- Domicile ?

Moi- ********

Lieutenant Dutvi- Profession ?

Moi- Étudiant.

Lieutenant Dutvi- Ok. C’est tout pour les questions sommaires. Je vous écoute. Contre qui voulez-vous porter plainte ?

Moi- Contre Olivier Norek.

Lieutenant Dutvi- Qui ça ?

Moi- Olivier Norek ! Le romancier.

Lieutenant Dutvi- Jamais entendu parler.

Moi- Voyons, il est officier de police, comme vous. Il bosse dans le 93. Il écrit de sacrés bons bouquins.

Lieutenant Dutvi- Je ne vois pas. Le 93 dîtes-vous ? Il a de sacrés couilles !

Moi- Je ne vous le fais pas dire.

Lieutenant Dutvi- Et pourquoi souhaitez-vous porter plainte ?

Moi- Pour abus sur la raison et la psyché des lecteurs. Je ne suis pas certain qu’il se rende bien compte à quel point il peut nous rendre accro tout d’abord et nous faire perdre la raison pour finir. C’est mal.

Lieutenant Dutvi- Je vois. Bien. Je vous écoute. Mais faîte en sorte que votre histoire soit captivante ou je risquerai de m’endormir.

Moi- ça ne risque pas, croyez-moi.

J’ai commencé le dernier roman, Surtensions, trois semaines auparavant. Sur un rythme de lecture assez bas car j’avais à côté un travail suffisamment long et fastidieux à fournir. Seulement, lorsque vous avez un livre comme cela entre vos mains, il est difficile de passer outre. Il m’appelait vous savez ? Pas Olivier Norek. Le livre. Rah c’était dur, croyez-moi, de le reposer. J’étais arrivé à un bon tiers du livre et j’ai réussi à le laisser de côté une bonne semaine sans que l’histoire ne sorte entièrement de ma tête. Il y avait toujours ces personnages qui restaient imbriqués à l’intérieur de mon cerveau. Il voulait se concentrer sur des choses plus importantes, essentielles. Pourtant Nano lui criait qu’il voulait sortir de prison. Et sa sœur, Alexandra, qui projetait de la faire évader. Oui, oui, vous avez bien entendu ! Une évasion ! Au sein du roman je parle, n’aller pas vous mettre en état d’alerte. Et donc, pour en revenir au livre, c’est arrivé un après-midi. En début d’après-midi pour tout vous dire. Il me fallait lire, c’était vital. Pour ma survie. Pour ma psyché. Je voulais revenir dans cette histoire. A Marveil et dans le 93. Cela m’a pris d’un coup. Le livre m’a saisi, immédiatement. Les pages ont commencé à me happer et le titre du livre a pris tout son sens. En une après- midi, j’ai suffoqué. J’ai crié. J’ai pleuré. J’ai ri. J’en ai eu mal au bide putain. Surtensions. De la tension à tous les étages. Dans mon ventre. Dans ma tête. Et surtout, dans le livre. Dans toutes ces différentes intrigues. Le gosse, Nano, présent dans cette prison à Marveil où les prisonniers sont rois et les gardiens figurants, où règne la loi de la nature, celles des bêtes, des chasseurs et des proies. Où il faut se faire respecter. Ça ne donne pas tellement envie. Mais Olivier Norek nous pose ici un constat navrant et affligeant des prisons françaises. Dans nombre de ses interview, il expose qu’il voulait dénoncer la gestion des prisons françaises et qu’il dénonce également la réinsertion des détenus dans la société qui est mal effectuée. Il a ses vitrines et il s’amuse à nous faire réfléchir. Et à jouer avec nous, nos émotions. Car, dès le début du livre, il nous annonce qu’un membre du groupe Crime 1, groupe que nous suivons depuis deux romans maintenant, va mourir. Un membre allait mourir et je le savais dès le début du roman ! Dès le début oui ! Comment voulez- vous que l’on s’arrête de lire une fois que l’on sait cette information ? Elle m’a hantée. Je me posais nombre de questions au cours de ma lecture. Puis, très vite, nous passons sur trois autres intrigues. La première concerne donc Alexandra et sa bande de criminels corses voulant à tout prix faire évader son frère. Elle est prête à tout pour y arriver. Et va jusqu’à séquestrer une famille et obliger un père à suivre ses conditions. Puis vient l’intrigue du Capitaine Coste et de son équipe. Ils sont d’abord en piste avec un enlèvement et une demande de rançon. Cette dernière tourne mal et Coste se demande s’il est toujours apte à faire ce métier. Tous les personnages se questionnent. Tous les personnages ont une profondeur à toute épreuve dans ce livre. Tous ont leurs qualités, leurs défauts, leurs émotions, leurs histoires. Aucun n’est laissé de côté. Entendez-moi bien, aucun ! Et cela m’a beaucoup peiné, car j’arrivais pas à deviner lequel allait passer à la trappe. Lequel allait mourir à la fin. Ce n’est pas imaginable de peiner ses lecteurs comme ça ! C’est pourquoi j’étais venu à vous aujourd’hui.

Lieutenant Dutvi- Je comprends. Effectivement, cet Olivier Norek a des tendances assez manipulatrices. Pourriez-vous continuer ?

Moi- Bien entendu. Une troisième intrigue verra le jour. Elle concerne un personnage central dans ce roman-ci: un avocat. Il travaille de consort avec la bande Mosconi, le groupe corse mais aussi avec d’autres personnes plus haut placées. Il joue double-jeu et seul nous le savons. C’est très difficile de savoir une telle information sans pouvoir la partager, la communiquer aux personnes concernées. Le fait que l’auteur nous mette dans la confidence est démentiel. Bref, passons. Puis très vite les différentes intrigues se rejoignent et c’est un cocktail pour le moins explosif. Savoureux, délicieux d’un côté. Effrayant et alarmant de l’autre. Des morts et des moments importants. Des instants joyeux puis des instants tristes. Surtout tristes en fait. Beaucoup de souffrance, de larmes. Que ce soit pour les lecteurs ou pour les personnages. Olivier Norek ne nous épargne pas dans cet ouvrage. Il s’amuse avec nous comme les gosses s’amusent avec les fourmis, celles-la même qui tentent de rejoindre la fourmilière. C’est intolérable selon moi et il devrait être puni pour ça…

Lieutenant Dutvi- Je vois parfaitement ce que vous voulez dire. Écoutez, j’ai bien pris note de vos accusations contre cette personne et nous allons prendre les mesures nécessaires afin de le contacter et qu’il vienne s’expliquer. Vous aviez d’autres choses à dire afin de compléter cette déposition ?

Moi- Bien sûr ! Et pas des moindres !

Je voulais dans un premier temps dire à l’auteur comment ce bouquin m’avait fait réfléchir. Vous le lui direz pendant l’interrogatoire car c’est une personne humainement riche et qui a beaucoup à donner, de part son vécu, son métier et la façon dont il transmet les choses. D’autres parts, le roman m’a captivé de long en large et en travers. Rien n’est à mettre de côté et c’était extraordinaire de suivre l’histoire de toutes ces personnes. Certes, quelques unes n’ont pas connu la fin. Dont deux qui sont particulièrement choquantes, mais c’est comme ça. Ça devait être leurs destins. Mais c’est dur de s’en remettre. Je ne pense pas qu’après ça, Coste reviennent un jour pour une nouvelle enquête. Peut-être un préquel à Code 93, une histoire antérieure à cette dernière, avec son ami Mathias Aubin. Parce que je vois mal Coste et son équipe pour une nouvelle affaire après ça !

Lieutenant Dutvi- C’est tout ?

Moi- Pas encore. Je souhaitais également faire part de mon bonheur d’échanger avec certains auteurs et de leurs disponibilités. Je vois de plus en plus d’auteurs présents pour leurs lecteurs et c’est grandiose. Une certaine communion, une symbiose entre les auteurs et les lecteurs naît et c’est quelque chose de fantastique. Les auteurs sont humains, comme nous et les voir rire, s’enjouer, échanger est quelque chose d’inqualifiable.

Lieutenant Dutvi- Nous nous égarons de la plainte initiale là, Monsieur Pleack.

Moi- Effectivement, pardonnez-moi. Je souhaite donc qu’Olivier Norek soit enfermé à double tour dans une pièce lumineuse et écrive ses prochains romans exclusivement pour moi.

Lieutenant Dutvi- Vous parlez de séquestration ?

Moi- Je ne l’aurais pas dit comme ça, mais c’est l’idée.

Je le vis se ressaisir à l’instant même où la phrase s’échappa de mes lèvres. Il semblait que ma plainte était un intermède joyeux dans sa journée de merde et que sa fonction reprenait ses droits immédiatement.

Lieutenant Dutvi- Veuillez me suivre s’il-vous-plait.

Moi- Pourquoi ?

Lieutenant Dutvi- Pour tentative de corruption d’agent, préparation d’enlèvement et de séquestration, abus de lois concernant la violence.

Moi- Mais, je ne lui veux aucun mal !

Lieutenant Dutvi- Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera fourni gratuitement. Durant chaque interrogatoire, vous pourrez décider à n’importe quel moment d’exercer ces droits, de ne répondre à aucune question ou de ne faire aucune déposition.

C’est ainsi que depuis quelques jours, je suis enfermé. J’ai le droit à l’ordinateur quelques fois, pour la rédaction de certaines chroniques. Les médecins m’ont dit que c’était vital pour ma santé mentale. Que je pouvais devenir fou. La liberté par l’écriture. La raison par les chroniques. Décidément, Olivier Norek m’aura tout pris. Mais il m’aura donné la joie de vivre… une intense histoire.

Pleack

Ps: Bien entendu, cette chronique est une pure narration et une belle fable. Cela faisait plusieurs jours que je ne savais pas comment rendre honneur à ce bouquin génial. Je me demandais si ma chronique allait être à la hauteur. Alors j’ai réfléchi à faire quelque chose d’original et, de part le métier d’officier de police d’Olivier Norek, l’idée de « porter plainte » est venue naturellement ! Je plaide coupable !

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4 réflexions sur “Olivier Norek, Surtensions

  1. Alors voilà… je dis que je quitte les réseaux sociaux pour me concentrer sur mon prochain bouquin et bim… THE chronique… je ne peux me taire… un grand merci mon cher Chris… ravi d’avoir créé ces sentiments lors de ta lecture… j’écris avec les tripes, je sais c’est dégueulasse mais c’est une image… les sentiments sont parfois plus forts que l’histoire… même, parfois, je cherche un sentiment, une émotion et je raconte une histoire autour… je souhaite que le lecteur ne soit pas témoin, mais acteur, j’aime qu’il en sache plus que les flics parfois… et… attendez, je vois des voitures de police se garer en bas de chez moi… on frappe à ma porte… merci, je crois que le lieutenant Dutvi t’a cru sur parole… tu m’apporteras des oranges, des revues et une carte SIM… j’ai peur d’être joué au poker dans la cour de promenade ! Amitiés, Chris. Olivier et Coste.

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Olivier,
      J’ai un petit instant, j’ai réussi à chourer le mdp à la vieille. En la séduisant un peu. Du flan, je te l’assure. J’espère que ces petits mois en montagne te seront bénéfique ! N’attrape pas froid.
      Tu as bien raison, j’aime cette sensation d’être acteur dans un livre. C’est plus prenant, ça décuple nos sens de lecteur. Attends. J’entends du bruit. Putain, elle essaie de forcer la porte, la garce. J’ai peu de temps.
      Je te dis donc courage. Je t’enverrai un livre: « le Poker en 3 leçon », ça t’évitera d’y perdre ton corps. Courage Oliviéééé aaaahhhhh
      Ps: Dutvi c’est Coste avec une consonne en plus et une voyelle en plus, dans l’alphabet: C>D ; O>U ; S>T ; T>V ; E>I

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